Le monde qui nous entoure et au-delà tout l'Univers sont
faits d'une immense diversité de matériaux. Il est,
cependant, surprenant de constater que cette grande variété
de matière n'est faite que d'un nombre relativement faible
de constituants simples.
Toute la matière que nous connaissons actuellement est
faite à partir d'une centaine de types d'atomes, chacun
d'entre-eux étant fait d'électrons de charge électrique
négative en orbite autour d'un noyau chargé positivement.
Le noyau, lui-même, est constitué de nucléons
- des protons positifs et des neutrons neutres - chacun étant
quelque 2000 fois plus lourd que l'électron. Ainsi l'immense
variété de matière de l'Univers est faite
à partir de trois particules seulement : l'électron,
le proton et le neutron.
Les nucléons sont des particules composites : ils contiennent
chacun trois quarks. Les quarks, eux ne semblent pas être
formés de particules plus petites, on dit qu'ils sont sans
structure. Seuls deux types de quarks, appelés up
et down, sont nécessaires pour construire le
proton et le neutron. Comme les quarks, l'électron n'a
apparemment pas de structure.
Une autre particule sans structure doit être ajoutée
pour compléter le tableau. C'est une particule neutre et
très légère (peut-être sans masse),
appelée neutrino électronique.
Pour comprendre à quelles dimensions tout cela se situe,
essayons de nous imaginer cette page grande comme un terrain de
football. Avec ce zoom, les cellules de matière vivante
ont la taille d'une tête d'épingle.
Prenons une de ces cellules et agrandissons-la elle-même
à la taille d'un terrain de football. A cette échelle,
les atomes sont grands comme des têtes d'épingle.
Enfin agrandissons un atome pour en faire un terrain de football,
le noyau de l'atome a, maintenant lui-même la taille d'une
tête d'épingle.
Seuls l'électron, le neutrino électronique et une
paire de quarks up et down sont nécessaires
pour construire toute la matière stable de l'univers. Cependant,
ils ne suffiraient pas pour bâtir l'Univers. Les processus
de haute énergie se produisant naturellement dans l'univers,
et ceux générés artificiellement dans des
laboratoires produisent une grande variété de particules
à courte durée de vie qui contiennent davantage
de quarks, davantage de particules semblables à l'électron
et davantage de neutrinos. Ces particules peuvent être regroupées
en deux "familles" les quarks et les leptons, les physiciens
ont découvert que chaque famille comprenait six membres.
Ce sont les particules de matière du Modèle Standard.
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L'existence de toutes les particules de ce tableau a été observée, à l'exception du neutrino tau, qui échappe encore à nos détecteurs. On a néanmoins des preuves indirectes de son existence.
Restez attentifs, nous vous présenterons plus loin un tableau
plus complet des particules élémentaires. Il en
manque encore quelques-unes...
En fait, il faut compléter cette classification par un
tableau semblable où chaque particule est remplacée
par une anti-particule. Cette (anti-)matière n'est pas
ordinaire : on n'en trouve pas sur Terre, ni dans le système
solaire, ni même probablement dans la galaxie. On sait par
contre fabriquer dans des laboratoires des anti électrons
et des anti protons en quantité suffisante pour les utiliser
dans nos expériences, et pour chaque particule du tableau,
on a observé son antiparticule.
Nous connaissons maintenant les "briques" qui construisent
l'univers. Il manque encore l'explication de pourquoi et comment
ces briques "tiennent" ensemble. C'est le rôle
des forces, et des particules qui les portent.
La force de base la plus familière est la force de gravité.
Elle maintient nos pieds au sol et les planètes en mouvement
autour du soleil. Toutes les particules de matière sont
sensibles à l'influence de la gravité, mais à
l'échelle des particules individuelles, ses effets sont
extrêmement faibles. C'est seulement en présence
de grandes quantités de matière comme en nous-mêmes,
ou à plus grande échelle dans les planètes,
les étoiles et les galaxies, que la gravité domine.
Les effets de l'électricité et du magnétisme
sont des manifestations d'une force fondamentale beaucoup plus
forte. Lorsque vous peignez vos cheveux, une charge électrique
s'accumule sur le peigne, particulièrement par temps sec.
Il est alors possible d'attraper de petits morceaux de papier
fin à l'aide de ce peigne maintenant capable d'attirer
ces morceaux malgré la force de gravité. A plus
grande échelle, un aimant soulève des épingles
et des clous tandis qu'un gros aimant industriel peut soulever
des blocs de métal et même des voitures !
Ces effets sont tous dus à la même force électromagnétique
sous-jacente. A la différence de la gravité, cette
force peut conduire à des effets d'attraction ou de répulsion.
Des charges électriques opposées (positive et négative)
et des pôles magnétiques opposés (nord et
sud) s'attirent, mais des charges ou des pôles de même
type se repoussent.
La force électromagnétique lie les électrons
négatifs au noyau positif des atomes, et est à la
base des interactions entre atomes qui donnent naissance aux molécules
et aux solides et liquides. Enfin, elle est aussi responsable
d'effets à plus grande échelle, tels que les tension
et friction de surface, qui dépendent des forces agissant
sur les atomes à la surface des matériaux.
A notre échelle, on parle de force entre les objets, à
l'échelle des particules, on emploie souvent le terme d'interaction.
A l'échelle de la taille du noyau atomique et au-delà,
deux forces, qui ne nous sont pas familières, entrent en
jeu dans les interactions entre particules de matière de
base. Ces forces sont appelées la force faible et la force
forte.
La force faible conduit à la désintégration
des neutrons et de beaucoup d'autres particules, comme les muons,
nombreux dans les rayons cosmiques.
La force faible est aussi responsable de la combustion de l'hydrogène
au centre des étoiles, où l'hydrogène, le
plus léger des éléments, est converti en
hélium, l'élément qui suit dans l'échelle
des masses. Le noyau d'hydrogène est simplement composé
d'un proton. Au centre dense et très chaud d'une étoile,
des noyaux ordinaires d'hydrogène peuvent s'approcher suffisamment
les uns des autres pour former un noyau plus lourd, "l'hydrogène
lourd" ou deutérium, qui consiste en un proton et
un neutron. La première étape de la conversion d'hydrogène
en hélium met en jeu la force faible lorsqu'un proton se
transforme en neutron.
La force forte est responsable du groupement des quarks au sein
des protons, neutrons et autres particules, y compris les pions.
Elle empêche également les protons du noyau de s'écarter
les uns des autres (ils devraient en effet se repousser puisqu'ils
ont tous la même charge positive). Il en est ainsi parce
qu'à l'intérieur du noyau, la force forte est environ
100 fois plus intense que la force électromagnétique.
La force forte maintient les quarks au sein des particules plus
grosses et il n'est pas possible d'isoler un quark. Ceci est dû
au fait qu'à mesure que l'on essaie d'éloigner deux
quarks l'un de l'autre, cette force qui les unit devient de plus
en plus intense. C'est à l'opposé des effets plus
familiers de la gravité et de l'électromagnétisme,
pour lesquels les forces s'amenuisent lorsque la distance croît.
Ce phénomène est appelé le confinement des
quarks.
Les forces de base, ou interactions, entre particules de matière
agissent toutes à travers un "vecteur de force",
qui est échangé entre les particules qui interagissent.
Les interactions entre particules sont un peu comme un jeu de
"balle", qui peut amener les particules soit à
se rapprocher (force attractive) soit à se repousser (force
répulsive).
Chacune des forces de base a son propre vecteur
Les photons, sont les vecteurs de la force électromagnétique.
Ils n'ont ni masse, ni charge électrique et peuvent être
échangés sur de grandes distances de telle sorte
que la force électromagnétique est infinie dans
sa portée. La lumière qui vient des étoile,
du soleil ou de votre lampe de chevet est "portée"
par des photons, de même que les ondes radio captées
par un téléviseur.
Les vecteurs de la force faible sont appelés W et Z. Le
W est charge électriquement, tandis que le Z est neutre.
Ces vecteurs sont massifs, chacun ayant une masse d'environ 100
fois celle du proton. Cela rend leur échange difficile
aux basses énergies et ainsi la force faible apparaît
comme réellement faible.
Les vecteurs de la force forte sont appelés gluons. Ils
n'ont ni charge, ni masse, mais ils ont le pouvoir de maintenir
les quarks si fortement groupés qu'il n'a jamais été
possible de voir ces derniers en tant que particules individuelles.
Le vecteur de la gravité appelé graviton échappe
encore à nos observations.
Les physiciens ont trouvé qu'ils pouvaient décrire
la structure et le comportement de la matière dans un cadre
théorique appelé le Modèle Standard. Ce modèle
inclut toutes les particules connues et les forces à travers
lesquelles elles interagissent, à l'exception de la gravité.
C'est à l'heure actuelle la meilleure description que nous
ayons du monde des quarks et autres particules. Toutefois le Modèle
Standard dans sa forme actuelle ne peut pas être le mot
de la fin, car il y a encore des pièces manquantes et d'autres
défis à relever pour la recherche future.
Les constituants de base à partir desquels nous, et tout
le monde qui nous entoure, sommes faits sont extrêmement
ténus. Même si vous agrandissiez une de ces minuscules
particules mille milliards de fois, elle serait encore plus petite
que le point qui termine cette phrase.
Tout comme les avions qui volent à très haute altitude,
elles sont invisibles, mais tout comme les avions, dans les conditions
appropriées, il est possible de voir la trace qu'elles
laissent sur leur passage.
D'abord, il est nécessaire de faire sortir les particules
des atomes où elles se cachent habituellement. Pour cela
nous utilisons des machines, appelées accélérateurs.
Ceci étant fait, nous pouvons suivre leurs traces dans
des détecteurs spéciaux, et là ça
devient excitant!
Les premières découvertes sur la structure de base
de la matière furent faites grâce à des expériences
réalisées sur les rayons cosmiques et la radioactivité.
Ces expériences faisaient leurs investigations sur les
collisions de particules sub-atomiques (c'est-à-dire plus
petites qu'un atome) naturellement énergétiques
telles que des électrons, des protons et des noyaux atomiques
lourds ; les accélérateurs de particules ont depuis
lors permis aux physiciens d'explorer des collisions de particules
avec un meilleur contrôle des conditions expérimentales,
et ont permis la découverte de la plupart des particules
de matière et des particules vecteurs de force que nous
connaissons aujourdhui.
Le fonctionnement des accélérateurs de particules
est basé sur la façon dont les particules se déplacent
dans les champs électriques et magnétiques. Les
champs électriques peuvent apporter de l'énergie
aux particules en les accélérant, tandis que les
champs magnétiques courbent leur trajectoire et peuvent
les focaliser en faisceaux.
Tous les accélérateurs de particules ont les mêmes
composants de base: une source de particules, des champs électriques
accélérateurs, des champs magnétiques de
guidage et finalement des détecteurs pour observer les
particules et leurs collisions. Vous disposez probablement d'au
moins un accélérateur de particules à la
maison : votre téléviseur a tous les composants
de base d'un accélérateur de particules.
Il y a différents types d'accélérateur. Dans
les accélérateurs linéaires (linacs), les
particules effectuent un trajet en ligne droite passant à
travers une succession de régions où règnent
des champs électriques qui augmentent leur énergie
au fur et à mesure qu'elles avancent. Dans les accélérateurs
circulaires (cyclotrons et synchrotrons), les particules sont
guidées par des champs magnétiques tout au long
d'une trajectoire circulaire. Entre ces régions circulaires
des portions linéaires avec un champ électrique
accélérateur permet d'augmenter l'énergie
des particules à chaque passage.
L'énergie de collision la plus élevée est
obtenue en faisant se heurter de plein fouet deux faisceaux de
particules. La plupart des collisionneurs de particules sont des
machines circulaires dans lesquelles des particules entrent en
collision frontale avec leurs antiparticules. Ils exploitent le
fait que les particules et leurs antiparticules réagissent
de la même façon aux champs électriques et
magnétiques pourvu qu'elles circulent dans les directions
opposées.
L'étude des particules de base de la matière est
un travail de détective. D'abord vous devez suivre les
traces laissées par des particules invisibles à
l'oeil nu, ensuite vous devez les identifier, et finalement vous
devez toutes les mettre ensemble afin de comprendre ce qui s'est
passé sur le "lieu de l'action".
Afin de rendre visible la trajectoire des particules, il est nécessaire
d'envoyer ces particules à travers un détecteur
contenant une substance appropriée. Ce peut être
un solide, un liquide ou un gaz. Dans un détecteur utilisé
au tout début de la recherche en physique des particules,
et appelé "chambre à brouillard", des
traînées de gouttelettes se formaient tout au long
du trajet des particules, comme dans le cas des traînées
de vapeur laissées par les avions.
Pour en connaître davantage sur les particules, il est nécessaire
de pouvoir différencier les traînées laissées
par différents types de particules. Une technique qui peut
être utilisée dans ce but est de faire passer les
particules à travers un champ magnétique. Les particules
avec une charge électrique positive seront déviées
dans un sens alors que celles de charge négative seront
déviées dans le sens opposé. Les particules
elles-mêmes apportent aussi leur coopération car
certaines d'entre elles laissent des traces très significatives
qui nous permettent de les reconnaître.
Dans une chambre à bulles, par exemple, où les particules
laissent des traînées de petites bulles dans un liquide,
nous reconnaissons les électrons qui produisent de magnifiques
boucles et des traces avec des branches, très différentes
de celles laissées par les autres particules.
La plupart des détecteurs de particules modernes ne rendent
pas les traces de particules directement visibles. En fait, ils
produisent de faibles signaux électriques dont les valeurs
peuvent ensuite être stockées par des ordinateurs.
Un logiciel permet la reconstruction de l'ensemble des traces
enregistrées par le détecteur, et leur affichage
sur un écran en même temps que les informations en
provenance d'autres types de détecteurs de particules.
Aujourd'hui, les expériences de physique des particules
utilisent une variété de détecteurs, chacun
étant spécialisé et apportant son aide à
l'identification et aux mesures des particules. Près du
point de collision, les détecteurs de trace révèlent
le chemin qu'ont pris les particules lorsqu'elles s'éloignent.
Un champ magnétique est souvent utilisé pour courber
la trajectoire des particules et permettre la mesure de leur impulsion
(combinaison de la vitesse et de l'énergie). Le degré
de courbure est fonction de l'impulsion de la particule : des
particules avec des impulsions très élevées
se propagent pratiquement en ligne droite, des particules à
faible impulsion effectuent des spirales serrées.
D'autres détecteurs permettent de mesurer l'énergie
des particules en les freinant ou en les stoppant. Différents
types de ces détecteurs sont nécessaires pour les
électrons et les photons, d'une part, et pour les particules
faites de quarks, d'autre part..
La combinaison des mesures de l'impulsion, de l'énergie
et parfois de la vitesse permet l'identification des particules.
Les muons et neutrinos sont les seules particules capables de
traverser la matière dont sont constitués les détecteurs
(en particulier sans y subir de freinage). Aussi, les signaux
des détecteurs externes indiquent-ils généralement
la présence de muons. Les neutrinos échappent pratiquement
toujours aux détecteurs.
A l'origine du temps ...
... les scientifiques croient qu'il y a eu un "Big Bang"
(une gigantesque explosion) duquel est né tout ce qu'il
y a dans l'Univers. Quinze milliards d'années après,
l'Univers est si grand qu'il faudrait à la lumière
des millions d'années pour le traverser. Et pourtant, au
début, tout était condensé dans un volume
minuscule, pas plus gros qu'une puce. Toutes les particules qui
constituent la matière aujourdhui, et à partir desquelles
nous-mêmes et tout ce qui nous entoure sommes faits, n'étaient
pas encore formées. Les quarks et gluons, qui dans l'univers
froid d'aujourd'hui sont confinés au sein des protons et
des neutrons, auraient été trop chauds pour pouvoir
se grouper. La matière dans cet état est appelée
"plasma de quarks et de gluons et des expériences
sont faites pour essayer de la recréer.
Les scientifiques pensent que du plasma de quarks et de gluons
pourrait encore exister aujourdhui au coeur ce certains astres,
des étoiles à neutrons, qui sont si denses qu'un
fragment de la taille d'une tête d'épingle pèserait
comme un super-pétrolier. Mais, même si du plasma
de quarks et de gluons existe encore dans ces étoiles on
ne peut pas l'étudier. Aussi, pour comprendre les premiers
instants de la vie de l'Univers, les scientifiques doivent-ils
créer du plasma de quarks et de gluons en laboratoire.
Pour ce faire, ils projettent des ions (atomes auxquels on a retiré
des électrons) les uns contre les autres à très
haute énergie, entassant protons et neutrons dans l'espoir
de les fondre.
Le prochain accélérateur du CERN, le LHC, réalisera
entre autres des collisions frontales entre des ions de plomb
à des énergies 300 fois plus élevées
que dans les expériences faites précédemment.
Les physiciens pensent qu'à ces énergies la création
de plasma de quarks et de gluons ne sera que de la simple routine
et leur permettra ainsi d'étudier ses propriétés
en détails.
En fait, que se passe-t-il lorsque du plasma de quarks et de gluons
se forme ?
Des ions plomb entrent en collision de plein fouet.
L'énergie au moment de l'impact sera suffisamment élevée
pour créer des particules lourdes appelées J-psi,
dont le destin dépendra de ce qui se produira après.
Les protons et les neutrons des deux ions plomb vont former une
soupe dense de particules.
Si l'énergie est suffisamment élevée, même
les quarks et les gluons, normalement confinés au sein
des protons et des neutrons, vont s'échapper et ainsi former
du plasma de quarks et de gluons. Si cela se réalise, quelques
particules J-psis seront détruites mais d'autres particules,
des quarks "étrange" seront créés.
Des particules, vouées à se désintégrer
en paires d'électrons se formeront plus aisément.
En mesurant le nombre de J-psis, le nombre de particules contenant
des quarks "étranges", et le nombre de paires
d'électrons résultant de la collision, les chercheurs
parviennent à déterminer si un plasma de quarks
et de gluons s'est formé et à étudier son
évolution