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La structure composite des hadrons
L'existence de constituants ponctuels à l'intérieur des hadrons a été démontrée
grâce à des mesures de diffusion profondément inélastique. Une diffusion est
dite inélastique, par opposition à une diffusion élastique, lorsque l'état de
la particule diffusante est différent avant et après la diffusion. La diffusion
est profondément inélastique lorsque une grande partie q du moment du
projectile est transféré à la particule diffusante de masse M, c'est-à-dire
:
. Considérons la diffusion d'un lepton, plus précisément
d'un électron, par un proton. Si le proton était une particule ponctuelle, la
diffusion serait élastique et sa section efficace serait donnée par l'expression
de Mott, obtenue en modifiant la section efficace de Rutherford pour les effets
du spin de l'électron et du proton :
où Q=1 est la charge du proton, E' l'énergie finale de l'électron
diffusé et
son angle de diffusion. Or la section efficace expérimentale
indique un comportement bien particulier caractéristique de l'existence d'une
structure ponctuelle au sein du proton. Le spectre d'énergie (Figure 4.5)
de l'électron diffusé dans un angle déterminé indique la présence de résonances
qui sont interprétés comme des états excités du proton, de masse invariante
W. Les constituants ponctuels du proton furent appelés partons, terme
qui englobe aujourd'hui aussi bien les quarks que les gluons.
Figure 4.5:
Spectre d'énergie de l'électron diffusé sur un proton
mesuré pour une énergie d'électron de 4.9 GeV et à un angle de diffusion de
10°. W est la masse invariante de la résonance où son énergie d'excitation[5].
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A des énergies d'excitation supérieures à environ 2,5 GeV/c
, énergie
à laquelle on entre dans le domaine de la diffusion profondément élastique,
les structures résonantes ne sont plus observables. En fait dans l'état final
de la réaction on observe la production de plusieurs hadrons dont le processus
élémentaire de production, dans le modèle des partons, est celui du diagramme
représenté dans la figure 4.6. Le mécanisme élémentaire se réduit
à la diffusion élastique de l'électron sur un quark avec échange d'un photon
virtuel d'énergie
et de moment q. La section efficace totale
est ensuite obtenue en convoluant l'ensemble des mécanismes élémentaires possibles.
Figure 4.6:
La diffusion inélastique d'un électron par un proton dans
le cadre du modèle de partons. L'électron perd une énergie
et un fraction de son moment q qui sont transférés au proton par l'intermédiaire
d'un photon virtuel à l'un des trois quarks du nucléon, c'est-à-dire que l'on
a à faire à une diffusion élastique électron-quark. Le quark touché fausse compagnie
à ces deux partenaires et les trois quarks fragmentent pour donner naissance
à des hadrons.
 |
Un exemple d'événement correspondant au mécanisme élémentaire est représenté
dans la Figure 4.7).
Figure 4.7:
Événement à 3 jets mesurés dans une diffusion profondément
inélastique d'un électron par un proton. Expérience ZEUS
à DESY
(Deutsches Elektronen-Synchrotron).
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La mesure expérimentale de cette section efficace (Figure 4.8)
indique un comportement qui s'éloigne du comportement caractéristique en
de la section efficace de Mott. La déviation par rapport à la distribution attendue
pour une source ponctuelle est décrite par une fonction de structure qui représente
la somme sur toutes les saveurs de la densité de probabilité, pondérée par la
charge au carré du quark diffuseur, de trouver un quark d'une saveur donnée
avec un moment, fraction du moment total du nucléon. Cette fonction de structure
dépend de l'énergie et du quadri-moment transféré :
Figure 4.8:
Section efficace expérimentale de la diffusion d'un électron
par un proton, normalisé par la section efficace de Mott, représenté en fonction
du moment transféré et pour différente valeur de l'énergie transférée ou de
la virtualité de la collision.
 |
 |
(4.7) |
où
et
sont les fonctions de structure correspondant
aux deux états de polarisation, magnétique et électrique, du photon transféré.
A partir des fonctions de structure déterminées expérimentalement et consistantes
avec l'hypothèse d'une structure de 3 quarks du proton, les conclusions suivantes
ont été tirées :
- les trois quarks ont des charges fractionnaires 2/3 et -1/3 et ont un spin 1/2,
- la présence dans le proton de paires de quarks de la mer, principalement
et
et quelques
,
- la présence de partons neutres de spin 1 qui rendent compte pour à peu près
de la moitié du moment du proton, il s'agit du gluon, le vecteur de l'interaction
forte.
La diffusion profondément inélastique a ainsi permis d'établir l'existence du
gluon. L'évidence plus directe de l'existence du gluon a été trouvée dans les
événements à trois jets observés dans l'annihilation d'un électron et d'un positron
(Figure 4.9).
Figure 4.9:
Événement à trois jets mesurés dans une réaction d'annihilation
électron-positron à une énergie dans le centre de masse égale à 190 GeV. Expérience
DELPHI
au LEP
(Large Electron Positron collider du CERN.
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Un des deux quarks produits lors de l'annihilation rayonne un gluon qui comme
les deux quarks fragmente pour donner naissance à un jet de hadrons (Figure 4.10).
Figure 4.10:
Annihilation d'un électron et d'un positron et création
d'une paire d'un quark et d'un anti-quark dont l'un rayonne un gluon.
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Yves SCHUTZ
2000-10-31