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Les expressions déterminées dans les deux paragraphes précédent concernent les
sections efficaces hadroniques totales mais ne nous apprennent rien sur la distribution
cinématique des hadrons dans l'état final (nous avions dit que cette mesure
n'était pas sensible à la physique à grande distance). Nous savons que les quarks
et les gluons, du fait du couplage fort à des distances inter quarks de l'ordre
du fm (la propriété de confinement des quarks), se fragmentent et donnent
naissance à des hadrons comme cela est schématisé dans la figure 4.17)
dans le cas d'une paire de quarks charmés.
Figure 4.17:
La fragmentation (ou hadronisation) d'une paire de
quarks charmés dans le modèle de cassure de corde. L'état final est composé
des mésons
.
 |
Le moment longitudinal des hadrons produits par fragmentation d'un quark est
aligné avec le moment du quark et les hadrons acquièrent un léger moment transversal
par rapport à la direction du quark. Les hadrons seront ainsi spatialement regroupés
dans un cône caractéristique qui, lorsque observé expérimentalement est appelé
jet. Par abus de langage on parlera indifféremment de jet ou de quark,
le jet de hadrons étant en fait l'état final observable d'un quark. Expérimentalement,
il apparaît que la plupart des événements résultant de l'annihilation d'un électron
et d'un positron sont des événements à 2 jets de hadrons (voir Figure 4.4)
et qu'une fraction bien moins importante d'événements sont des événements à
2 jets (voir Figure 4.9) et ainsi de suite (Figure 4.18).
Figure 4.18:
Fractions d'événements à 2, 3, 4 et 5 jets déterminés
à partir de deux méthodes d'identification de jets et représentés en fonction
de la valeur des paramètres des méthodes. La figure en haut et à gauche correspond
à la méthode du cône décrite dans le texte avec
= 7 GeV et
. Les résultats expérimentaux
sont comparés aux résultats obtenus à partir de données simulées [10].
 |
Cette observation est consistante avec l'hypothèse que chaque jet au-delà du
deuxième jet correspond à l'émission d'un gluon rayonné à partir d'un des deux
quarks produits dans l'annihilation et que chaque émission d'un gluon supplémentaire
se fait au prix d'une diminution d'un facteur en
de la probabilité
de production. On remarquera que la section efficace des événements à 3 jets,
par exemple, ne sera sensible ni au fait qu'une particule se sera divisée ou
non en deux nouvelles particules colinéaires qui se partagent le moment de la
particule initiale, ni au fait qu'une particule se sera divisé en une particule
qui emporte la quasi-totalité de son moment et et une autre particule emportant
un moment quasi nul, ni au fait que deux particules colinéaires se combinent
en une seule ou qu'une particule énergétique absorbe une particule de faible
énergie. En d'autres termes, la section efficace d'annihilation en jets est
insensible aux divergences collinéaire et molle. On parlera de quantité libre
de divergences infra-rouges (infra red safe, en anglais).
La détermination expérimentale de la section efficace de jets fait appel à des
algorithmes d'identification des jets, c'est-à-dire une méthode qui permet de
classer l'état final de hadrons selon le nombre de jets qu'il contient. Pour
pouvoir ensuite confronter les résultats expérimentaux aux prédictions théoriques
il faut appliquer la même méthode de classification, mais cette fois-ci aux
quarks et aux gluons. Par exemple, on identifiera un événement comme un événement
à 2 jets si toute l'énergie disponible à une fraction
près
est contenue dans un cône de demi angle
. La section efficace
théorique correspondante est alors calculée en intégrant les équations du type
de l'équation suivante correspondant à l'émission de deux quarks et d'un gluon
(voir Équation 4.16) :
sur le domaine en
et
correspondant à l'espace de
phase déterminé par
et
. Il existe d'autres
méthodes d'identification de l'état final, mais nous n'élaborerons pas d'avantage.
Il faut simplement retenir que la mesure des sections efficaces de jets est
une puissante méthode pour déterminer la valeur du couplage de l'interaction
forte.
Bien évidemment cette image masque une réalité plus complexe qui doit tenir
compte des effets non perturbatifs.
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Yves SCHUTZ
2000-10-31